Les micropollutions en mer sont très suivies et médiatisées, c'est moins le cas autour des fleuves et rivières ! Pourtant, ces pollutions partent souvent des terres ! La Loire et son bassin sont durement concernés. Chercheurs et associations se mobilisent pour mieux connaitre l'ampleur de ces pollutions, et agir dans les territoires.
Nénuphars et myriophylles dans l'Anglin à Mérigny, Indre ©N. Van Ingen
Selon la fondation Tara Océan, près de 8 millions de tonnes de plastique sont déversées chaque année dans les océans, l’équivalent d’un camion-benne chaque minute. Plus frappant encore : 80 % de ces déchets proviennent de la terre, transportés notamment par les fleuves. Une vaste étude menée en 2019 sur neuf grands fleuves européens a confirmé que ces cours d’eau alimentent en continu la pollution marine. Bien que la Loire n’ait pas été incluse dans cette campagne, tout indique qu’elle suit la même tendance.
Les chiffres avancés par le professeur Mohammed Boussafir, de l’Université de Tours, sont éloquents : 2 550 particules de microplastiques circulent chaque seconde dans la Loire. Ce calcul repose sur une concentration moyenne de 3 particules par mètre cube, combinée au débit du fleuve (environ 850 m³/s). Une concentration qui peut sembler faible… mais qui, rapportée aux volumes colossaux d’eau transportés, devient considérable.
À ces pollutions plastiques s’ajoute une pollution plus discrète mais tout aussi préoccupante : celle des micropolluants issus de nos activités quotidiennes. Résidus de médicaments, pesticides, cosmétiques, microplastiques… Ces substances, présentes en très faibles quantités, sont aujourd’hui largement répandues dans les milieux aquatiques. Souvent invisibles, elles posent pourtant des enjeux majeurs : impact sur la biodiversité, perturbations des équilibres écologiques, risques potentiels pour la santé humaine.
Face à cette complexité, un défi s’impose : rendre visible l’invisible.
Les microplastiques sont des fragments de plastique de moins de 5 millimètres. Ils se divisent en deux catégories :
Les plus petits, invisibles à l’œil nu, posent un problème majeur : ils s’intègrent aux écosystèmes aquatiques en se fixant sur le plancton et les bactéries, entrant ainsi dans la chaîne alimentaire jusqu’à l’être humain.
À cela s’ajoute un autre danger : les plastiques contiennent de nombreux additifs chimiques (phtalates, composés bromés, chlorés…), souvent reconnus comme perturbateurs endocriniens, qui se libèrent dans l’environnement.
La présence de microplastiques dans la Loire est directement liée à nos modes de vie. Parmi les principales sources :
Transportés par le vent, la pluie et les réseaux d’assainissement, ils finissent inévitablement dans les cours d’eau.
La pollution des fleuves ne se limite plus aux microplastiques. Aujourd’hui, scientifiques et gestionnaires de l’eau s’inquiètent des micropolluants, ces substances invisibles mais omniprésentes qui contaminent durablement les milieux aquatiques. Dans la Loire, comme dans tous les grands fleuves européens, cette pollution diffuse s’ajoute à celle des microplastiques.
Les micropolluants regroupent un ensemble très large de substances chimiques présentes dans l’environnement à très faible concentration, mais dont les effets peuvent être significatifs sur le long terme.
Leur impact ne dépend pas uniquement de leur concentration individuelle. Il est aussi lié à ce qu’on appelle l’effet cocktail : lorsque plusieurs substances sont présentes simultanément, elles peuvent interagir entre elles et produire des effets combinés, parfois plus importants ou différents de ceux observés pour chaque substance prise séparément.
Ainsi, même à très faible dose, l’exposition répétée et combinée à ces micropolluants peut entraîner des perturbations sur l'être humain, la faune, la flore et les équilibres des milieux aquatiques, d’où l’importance de mieux les comprendre pour mieux les prévenir.
Cette pollution est, elle aussi, directement liée aux activités humaines du quotidien. Elle provient notamment :
Contrairement à certaines pollutions visibles, ces composés passent souvent inaperçus, car ils sont dissous dans l’eau ou présents sous forme de particules microscopiques. Transportés par les réseaux d’assainissement, les pluies ou le ruissellement, ils finissent dans les rivières, puis dans les fleuves comme la Loire.
Face au manque de données précises, le professeur Mohammed Boussafir, de l’Université de Tours, pilote une étude de grande ampleur : le programme CASTLE. Menée sur trois ans, cette recherche vise à :
L’objectif est clair : mieux connaître pour mieux agir.
Cette machine permet de reproduire in vitro la dégradation environnementale des polymères plastiques par hydrolyse et photolyse en se rapprochant le plus possible des conditions naturelles. Les produits de dégradation gazeux et solubles seront quantifiés. Le but est d’évaluer le plus précisément possible leur participation à l’effet de serre des gaz produits et l’apport en contamination des eaux par des molécules organiques hydrosolubles polluantes comme les Phtalates et les produits chlorés tout deux considérés depuis plusieurs années comme des perturbateurs endocriniens.
Pour répondre à ces enjeux, les structures du réseau des Maisons de Loire déploient un programme coordonné à l’échelle régionale. L’objectif est clair : essaimer largement les connaissances et favoriser une prise de conscience collective.
Partout en Centre-Val de Loire, des actions vont être proposées auprès :
Le réseau mise sur une approche pédagogique innovante, fondée sur plusieurs principes : ludique, pour capter l’attention et faciliter la compréhension, accessible, pour toucher tous les publics, ancrée dans les territoires, positive, pour donner envie d’agir.
Les ateliers permettent notamment de :
Au-delà de la transmission de connaissances, l’ambition est plus large : permettre à chacun de s’approprier les enjeux de l’eau pour contribuer à une prise de conscience collective et participer à un changement de comportement vis-à-vis de la ressource en eau. Car disposer d’une eau de qualité, en quantité suffisante, est un enjeu fondamental pour : la préservation des milieux naturels, la santé des écosystèmes, les usages humains, l’adaptation au changement climatique.
En développant une culture commune autour de l’eau, le réseau des Maisons de Loire souhaite encourager une dynamique collective, où chacun peut agir à son échelle.
À travers cette action commune, les Maisons de Loire affirment leur rôle de passeurs de connaissances et d’acteurs de terrain. En rendant visible l’invisible et en rapprochant science et citoyens, elles participent à une transformation essentielle : faire de la préservation de l’eau une responsabilité partagée.
Nénuphars et myriophylles dans l'Anglin à Mérigny, Indre ©N. Van Ingen
Idée d'action
Enjeu tout autant environnemental que sanitaire et économique, la lutte contre la pollution plastique commence dès le caniveau et passe par les rivières ! Au niveau des habitants comme des collectivités, des actions sont possibles. Consultez toutes...
Acteur
La fédération, un acteur au cœur des territoires.
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Les pollutions liées aux activités humaines, quelles soient ponctuelles ou chroniques, détériorent les écosystèmes et menacent les espèces végétales et animales. La propagation de nutriments dans les eaux, à cause de l’aménagement du littoral et du...
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Le Centre-Val de Loire, s’étend à cheval sur deux bassins versants : le bassin Loire-Bretagne (80%) et le bassin Seine-Normandie (20%).