Thumbnail

Préserver les mousses de la Tourbière de la Guette | Conservatoire botanique national du Bassin parisien (CBNBP)

Tourbière de la Guette © Pascale Larmande
Le mois des zones humides 2021 – des actions en région

Tout au long du mois de février, les zones humides sont à l'honneur ! L'occasion de faire découvrir les connaissances et actions en leur faveur.
 

L'ARB vous propose une série d'articles au fil de l’eau "des actions en région" à la rencontre de ce que font les partenaires de l'Agence. Aujourd'hui, découvrez l'action du Conservatoire botanique national du Bassin Parisien (CBNBP).

 

Les tourbières, des zones humides indispensables et fragiles

Nées d’un processus long de décomposition organique par l’amas de résidus végétaux en milieu aquatique, il faut environ 5000 ans pour constituer 10 cm de tourbe. Les tourbières actives fonctionnent comme des puits de carbones. Si les tourbières n’occupent que 3 % de la superficie terrestre, elles contiennent environ 25 % du stock mondial de carbone organique du sol.  Elles rendent de nombreux autres services : épuration des eaux, biotope propice au développement de la biodiversité et de certaines espèces végétales ne vivant que dans ce milieu… Pourtant, elle est menacée par plusieurs pratiques et phénomènes : aménagement du territoire, changement climatique…

 

Le CBNBP est un organisme référent en Centre-Val de Loire pour la connaissance des mousses, ou bryophytes, élément important de la biodiversité dans les zones humides, et s’engage dans la préservation des espèces les plus menacées.  

Assèchement et minéralisation menacent la flore des tourbières

Avec une superficie de 23 hectares, la Tourbière de la Guette, située à Neuvy-sur-Barangeon, est considérée comme la plus vaste tourbière de Sologne et du Centre-Val de Loire.  Elle accueille une flore hautement spécialisée et emblématique comme les sphaignes ou les droseras (petites plantes carnivores). La tourbière de la Guette constitue un site avec de forts enjeux de préservation de la flore, intégrant les mousses, avec pas moins d’une quarantaine d’espèces d’intérêt patrimonial recensées. Cette biodiversité est menacée par une tendance à l’assèchement constatée ces dernières années avec, pour conséquence, l’envahissement par les pins et les bouleaux et une graminée très compétitive, la Molinie, cela au détriment de la flore caractéristique. Un autre problème mis en évidence est une minéralisation accélérée de la tourbe (sol constitué par le compactage de débris végétaux peu décomposé) avec libération de gaz carbonique identifié à grande échelle comme participant au réchauffement climatique.

La Droséra à feuilles rondes au milieu des sphaignes. © Rémi Dupré MNHN/CBNBP

 

Opération sauvetage de la Sphaigne de Magellan

Dans le cadre du projet européen CARE-PEAT, cette tourbière est un site pilote d’un programme de recherches du CNRS et de l’Université d’Orléans afin de restaurer ses capacités de stockage de carbone et assurer une gestion durable de son fonctionnement écologique.En 2020, le CBNBP, avec le soutien du Conseil départemental du Cher sur le volet Espaces Naturels Sensibles, a accompagné en amont l’étrépage (opération qui consiste à décaper quelques centimètres de sol) de 2 parcelles de 600 m2 afin de redynamiser le milieu.

Un des 2 sites de 600 m2 venant d’être étrépé le 27 novembre 2020 pour rajeunir le milieu. © Rémi Dupré MNHN/CBNBP

 

 

Dans un premier temps, il s’agissait de localiser ces parcelles dans l’environnement le moins perturbant pour la couverture de sphaignes en place représentées par près d’une douzaine d’espèces différentes ; et en particulier éviter tout impact sur une sphaigne menacée en région et rare sur le site, la Sphaigne de Magellan (Sphagnum magellanicum). Seuls quelques tapis de cette espèce caractérisée par sa robustesse et sa couleur rouge bordeaux sont présents.

 
La sphaigne de Magellan. © Rémi Dupré MNHN/CBNBP

 

 

Dans le courant de l’hiver 2021, quelques brins de cette sphaigne vont être prélevés sur le site et bouturés sur une des deux parcelles étrépées fin novembre pour faciliter sa multiplication. Un suivi est programmé dès le printemps 2021 et les années suivantes sur les parcelles étrépées afin d’estimer la bonne reprise de la Sphaigne de Magellan. La recolonisation spontanée de la tourbe nue par les mousses sera également étudiée, notamment deux micro-hépatiques à feuilles, la Céphalozie connivente (Fuscocephaloziopsis connivens, protégée régionale) et la Céphalozie à gros épis (Fuscocephaloziopsis macrostachya, rarissime en plaine).

 
La Céphalozie à gros épis vue au microscope. © Pierre Boudier

 

Gageons que ce travail associant recherche scientifique et protection de la biodiversité au sein de la plus grande tourbière régionale soit une réussite !!

Le CBNBP, en bref

Le Conservatoire botanique national du Bassin parisien, partenaire privilégié de l’Agence régionale de la biodiversité et animateur du pôle "Flore et habitats" de l'Observatoire régional de la biodiversité, a quatre missions : connaissance de l'état et de l'évolution de la flore sauvage et des habitats naturels et semi-naturels, conservation des espèces les plus menacées, assistance technique et scientifique auprès de l'Etat, de ses établissements publics, des collectivités territoriales et de leurs groupements, en matière de flore sauvage et des habitats naturels et semi-naturels, et information et éducation du public à la connaissance et à la préservation de la diversité végétale. Pour en savoir plus, consulter le site du CBNBP.

- Pour aller plus loin sur la Tourbière de la Guette -

Présentation du site par le gestionnaire, la Maison de l’eau

Déclinaison du projet Care Peat à la Guette : par SNO Tourbières et par l'Union Européenne.

Fiche ZNIEFF listant l’intérêt floristique du site